Résonance, lumière et mémoire : Claire Tabouret
- favierannecatherin
- 22 févr.
- 4 min de lecture
Quand le vitrail contemporain dialogue avec Notre‑Dame
et notre regard
Je continue avec cette thématique de « Résonance », peinture, son, lumière.
Ce mot désigne une interaction profonde entre une forme et celui qui la reçoit.
Dans cet article, mon but n’est pas de donner mon avis sur ces futurs vitraux.
Je souhaite plutôt partager mon ressenti, la manière dont je me situe entre ces maquettes et l’image que je me fais de la future lumière qui les traversera.
Dans mes réflexions précédentes, j’ai interrogé la manière dont la musique peut se transformer en formes visibles, comment l’invisible peut devenir perceptible à travers le geste pictural et, plus largement, comment une œuvre d’art ne se contente pas d’être vue : elle résonne.
L’exposition « D’un seul souffle » de Claire Tabouret au Grand Palais s’inscrit pleinement dans cette quête. Un vitrail est une expérience de lumière, d’espace et de mémoire, qui interroge notre manière d’habiter une image, une architecture et, en fin de compte, un lieu de sens.
Une vitrine de l’énergie en devenir
Le Grand Palais accueille les maquettes grandeur nature des six vitraux contemporains de Claire Tabouret pour Notre-Dame de Paris. Ces vitraux remplaceront ceux réalisés par Viollet-le-Duc dans les chapelles sud de la nef. Nous les verrons à Notre-Dame fin 2026.
Cette exposition est intéressante. Se tenir face à une surface presque architecturale, haute de sept mètres et à l’échelle des futurs vitraux, nous interpelle sur la lumière qui les traversera.
Comment la lumière va-t-elle les traverser ? Comment vibrera-t-elle au fil des heures, des saisons, des offices ?
Dans l’exposition, on ne voit pas encore le verre, mais on en pressent la puissance. Chaque maquette devient un espace d’attente, une promesse d’interaction avec les vitraux anciens et l’architecture médiévale. Je me demande comment cela vibrera au contact des vitraux anciens, comment la lumière dialoguera avec les couleurs déjà présentes.
La lumière n’est pas encore là, mais elle est déjà matière vivante. Ces œuvres sont moins des images que des dispositifs de transformation. Elles invitent à se demander non pas ce que l’on voit, mais ce qui adviendra lorsque la lumière les traversera et fera vibrer l’espace tout entier.
La lumière comme expérience sensible
Les maquettes exposées montrent des couleurs vives, des figures et des textures qui cherchent à faire résonner la lumière. Claire Tabouret collabore avec l’atelier verrier historique Atelier Simon Marq pour transformer ses peintures en verre.
La résonance ici est interaction dynamique entre le matériau, la lumière et l’architecture sacrée.
Chaque maquette devient un espace de projection : elle invite à se placer entre ce qui existe et ce qui adviendra, entre la matière et sa potentialité lumineuse. La lumière n’y est pas encore présente, mais elle se fait déjà expérience sensible, comme si l’œuvre elle-même préparait le regard à la rencontre avec sa version finale.
Entre mémoire et émergence
Belle et puissante métaphore que ce titre : « D’un seul souffle ».
Il évoque ce moment de transition, cette pulsation unique qui traverse la création artistique et se retrouve dans l’expérience du regardeur.
Ensuite, il relie ces œuvres à nos souvenirs et à nos expériences sensibles. Le souffle agit comme un pont entre ce que nous avons déjà perçu et ce que nous imaginons ressentir, éveillant à la fois une mémoire collective et des impressions intimes.
« D’un seul souffle « est une invitation à entrer dans un mouvement où le temps, l’espace, la mémoire et la lumière se rencontrent, et où chaque regard devient un point de résonance entre le passé, le présent et le futur de Notre-Dame.
Un vitrail comme un refrain lumineux
En étant face à une maquette, j’ai perçu une énergie en attente, une lumière qui n’a pas encore été filtrée, mais qui chante comme un cristal ou un carillon suspendu, vibrant dans l’espace. Cette idée d’une musique de lumière fait lien avec mes articles sur la résonance en art : comment une œuvre, qu’elle soit sonore ou visuelle, peut déclencher une onde de sens dans celui qui la reçoit.
Comme dans certaines peintures de synesthésie structurelle observées chez d’autres artistes contemporains, ici aussi la frontière entre forme, couleur, lumière et espace disparaît. Ce que nous percevons n’est pas seulement un objet visuel, mais un événement perceptif : un vitrail n’existe pleinement que lorsqu’il est traversé par la lumière. C’est là que naît la résonance, dans l’interaction vivante entre la lumière, la matière et notre regard, qui devient lui-même un instrument à l’écoute de ce chant lumineux.
Quand l’architecture et la lumière racontent une histoire
Les vitraux sont, par nature, des surfaces narratives. À Notre-Dame, les scènes inspirées par le thème de la Pentecôte évoquent non seulement des récits religieux, mais aussi un rapport à l’esprit, à la transformation et à la lumière intérieure.
Chaque panneau se lit comme une variation sur le souffle : une partition où la lumière joue le rôle de rythme, de cadence, d’harmonie ou de dissonance visuelle, Comme si chaque rayon traversant le verre reproduisait ce mouvement de vie et d’énergie de la Pentecôte, invitant le regardeur à être lui-même traversé par l’espace et par l’énergie de l’œuvre, à percevoir la présence du souffle dans la matière et dans la lumière.
Cette exposition rappelle que l’art n’est pas seulement à voir : il se vit, se ressent, et continue de vibrer bien au-delà de sa matérialité. La lumière, traversant la matière et éveillant nos sens, devient alors

capable de transformer notre perception du temps, de l’espace et de l’esprit.




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